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Harp Column | Critique de Nebulæ

Alison Young, Harp Column

10/10

stars

La harpiste québécoise Valérie Milot compte parmi les harpistes les plus prolifiques au monde. Avec une trentaine d’enregistrements à son actif, plus de quatre millions de visionnements sur YouTube et un Prix d’Europe en poche, elle jouit d’un rayonnement considérable et de la fidélité d’un public dévoué. Son plus récent album, Nebulæ, confirme non seulement cette popularité, mais également sa démarche artistique : créer un espace accessible, propice à la méditation.

Cette aspiration remonte à ses toutes premières expériences musicales, lorsqu’elle a découvert le pouvoir transformateur de la musique. Le disque s’ouvre sur la valse rêveuse de Denis Gougeon, Au cœur de l’étoile, dans laquelle Milot installe immédiatement une atmosphère à la fois contemplative et intemporelle. Ses délicats trémolos sont parfaitement maîtrisés.

Elle enchaîne avec une remarquable fluidité sur l’arrangement réalisé par Carlos Salzedo d’une sonate de Giovanni Battista Pescetti, dont la tonalité mineure, empreinte de questionnement, est rendue avec grâce et une charmante retenue. C’est dans cet univers contemplatif que Milot excelle : elle incarne la voix du compositeur avec naturel et générosité, nous invitant pleinement à entrer dans la douce magie de la musique.

Combien de harpistes ont interprété le « Clair de lune » de la Suite bergamasque de Debussy? Sans doute toutes. Pourtant, Milot aborde ce moment d’une rare délicatesse comme si elle le découvrait pour la première fois.

Vient ensuite Jeux d’eau de Salzedo, qui rappelle l’attachement du grand harpiste et compositeur à l’école française de son pays natal. Bien que le modernisme soit alors déjà solidement engagé, l’œuvre se tourne vers le passé tout en plaçant la harpe au premier plan comme une véritable puissance virtuose. Milot prend manifestement plaisir à faire ressortir cette dualité.

Il est toujours fascinant d’entendre des harpistes s’attaquer à des œuvres initialement conçues pour des instruments à vent et parvenir à créer une ligne legato parfaitement continue, alors que la nature même de l’instrument semble techniquement s’y opposer. Milot y parvient avec brio dans la Danse des esprits bienheureux de Gluck, puis avec tout autant de conviction dans la transcription par Liszt du Du bist die Ruh (Tu es le repos) de Schubert, où sa ligne chantante se distingue par une souplesse et une élégance exceptionnelles.

L’un des moments forts du disque est Lux, de la compositrice canadienne Amélie Fortin. De caractère récitatif et laissant une large place au silence, l’œuvre nous donne presque à voir les variations de la lumière à mesure que le son émerge progressivement. Les trilles scintillent, tandis qu’une mélodie pointilliste surgit d’un lieu lointain et inconnu. Pourtant, l’impression dominante demeure celle de la paix et de l’acceptation. L’ensemble possède une qualité résolument surnaturelle, parfaitement en accord avec le titre de l’album.

Clair d’étoiles de Gabriel Dupont a été pour moi une véritable découverte. Élève de Massenet et de Widor, et contemporain de Ravel, Dupont a vu sa vie tragiquement interrompue par la tuberculose alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Ce petit joyau saisit un instant fugitif d’espoir et d’aspiration à des jours meilleurs.

Milot poursuit avec la Valse romantique de Déodat de Sévérac, interprétée avec assurance et raffinement, avant de conclure l’album par un arrangement du jazzy Graceful Ghost Rag de William Bolcom, dont elle met en valeur l’énergie libre, souple et légèrement dansante.

Dans son ensemble, Nebulæ est un enregistrement remarquablement conçu et profondément accueillant, qui confirme le talent exceptionnel de Valérie Milot pour conjuguer virtuosité et intériorité.

Traduction française : Stéphane Tétreault

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