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L'album

Programme

Denis Gougeon (1951- )
arr. Valérie Milot
Au cœur de l’Étoile

Giovanni Battista Pescetti (1704-1766), trans. Carlos Salzedo
Sonate en do mineur
I. Allegro vigoroso
II. Andante espressivo
III. Presto

Claude Debussy (1862-1918)
Suite bergamasque, L.75
III. Clair de lune

Carlos Salzedo (1885-1961)
Jeux d’eau, op. 29

Christoph Willibald Gluck (1714-1787)
arr. Valérie Milot (1985 -)
Orpheus et Eurydice, Wq. 41
Danse des esprits bienheureux

Gabriel Pierné (1863-1937)
15 pièces, op. 2
VI. Prélude

Gabriel Dupont (1878-1914)
La maison dans les dunes
IX. Clair d’étoiles

Amélie Fortin (1983 – )
Lux

Déodat de Séverac (1872-1921)
En vacances, volume 1
V. Valse romantique

Franz Liszt (1811-1886)
12 Lieder von Schubert, S558/R243
No. 3 : Du bist die Ruh

Claude Debussy (1862-1918)
arr. Yolanda Kondonassis
Valse romantique

William Bolcom (1938- )
Graceful Ghost Rag

Au cœur de l’étoile nous ramène à notre origine première : cette « poussière d’étoile » décrite si poétiquement par Hubert Reeves (1932-2023). À l’image des atomes stellaires qui se fusionnent pour créer de nouveaux éléments, les arcs musicaux de cette pièce sont nés de ma collaboration fructueuse avec le compositeur québécois Denis Gougeon. Témoignage d’une amitié sincère, nous naviguons d’un éclairage à l’autre sur ce thème mélancolique et méditatif. Un thème qui semble résonner en nous depuis l’aube de l’humanité.

Compositeur vénitien du début du XVIIIe siècle, Giovanni Battista Pescetti n’a pas composé pour la harpe, comme la plupart de ses contemporains. Deux siècles plus tard, le harpiste reconnu Carlos Salzedo signe une transcription de sa Sonate en do mineur, révélant cette œuvre sous un nouvel éclairage. Au cœur de Nebulæ, cette pièce en devient la pierre angulaire : le génie du passé rencontre celui du présent. Elle illustre que malgré notre brève existence, nous développons sans cesse des outils plus raffinés pour nous exprimer et mieux comprendre notre univers — comme la harpe, comme le télescope.

Incontournable joyau de la musique impressionniste, le Clair de lune de Claude Debussy, issu de sa Suite bergamasque, s’inspire de notre satellite terrestre qui fascine tant d’artistes : la lune. Comme cette musique qui vise à laisser des impressions plutôt qu’une idée franche et directe, l’idée même de cette lumière lunaire n’est qu’une illusion poétique. En effet, cette belle lune ronde, criblée d’impacts de météorites, n’émet aucune lumière : elle ne fait que réfléchir celle du soleil.

La lune influence de grands mouvements d’eau : les marées, ce qui fait de Jeux d’eau de Carlos Salzedo une suite logique à la précédente pièce de Claude Debussy. Pédagogue et concertiste extraordinaire, Salzedo a considérablement enrichi le répertoire de la harpe avec un style qui lui est propre. Esprit innovateur, il développa un langage musical exploitant au maximum les possibilités du mécanisme moderne de la harpe, créant des effets inédits qui révolutionnèrent l’approche de cet instrument.

Poète et musicien de la mythologie grecque, Orphée a inspiré une foule d’artistes par son talent, mais aussi par l’issue tragique de son histoire d’amour avec Eurydice. Jusqu’à sa constellation de la Lyre gravée dans notre voûte céleste, l’histoire d’Orphée expose la fatalité et la tragédie de l’existence humaine, cette angoisse qui nous a poussés à inventer des systèmes de croyances pour alléger notre condition. Dans cette Danse des esprits bienheureux issue de l’opéra Orfeo ed Euridice, C.W. Gluck expose un air mélancolique alors qu’Orphée fait halte aux Champs Élysées avant de s’engouffrer dans les abîmes de l’enfer d’Hadès.

En quelques pages, le Prélude de Gabriel Pierné introduit toute la réflexion de Nebulæ. Initialement écrite pour piano, cette œuvre utilise un large registre de l’instrument, débutant et s’achevant sur une mélodie presque chorale dans le grave. Comme les premiers fragments de notre univers, ce magma sonore explose en son centre avec deux variations qui nous offrent l’éclat d’une étincelle, amorçant une réflexion, une pensée.

Le Clair d’étoiles issu de la poétique suite La maison dans les dunes de Gabriel Dupont me semble une suite logique au Prélude de Pierné. Au cœur de cette réflexion initiée par l’œuvre précédente, nous tournons notre regard vers les étoiles. Ces étoiles qui sont chacune en elle-même des soleils pour d’autres astres, d’autres planètes. Les yeux vers le firmament, l’univers des possibles s’ouvre à nous. Nous sommes un magnifique hasard dans toute cette immensité.

Lux d’Amélie Fortin évoque l’humain face à l’immensité céleste, scrutant ces étoiles qui vacillent dans l’obscurité. La musique nous guide alors dans un voyage inversé, suivant la lumière stellaire depuis la Terre jusqu’à l’explosion d’une étoile. Amélie incarne pour moi une âme sœur artistique, une personne d’une sensibilité si proche de la mienne que chacune de nos rencontres devient extraordinaire. Cette commande d’œuvre pour Nebulæ marque notre première collaboration officielle, première étape d’une suite qui semble s’imposer d’elle-même.

La Valse romantique issue du recueil En vacances de Déodat de Sévérac offre une halte légère à travers ce parcours de réflexions. Pour moi, c’est un voyage au cœur de ma jeunesse, où j’écoutais la célèbre harpiste Lily Laskine jouer ces pages musicales de manière si poétique. Déodat de Sévérac se décrivait lui-même comme un « musicien-paysan », se donnant pour mission de dépeindre son terroir, les danses, les récoltes de sa France natale. On y sent toute la vivacité de l’humain, son attachement à ses racines.

Le Du bist die Ruh de Franz Schubert, varié par Franz Liszt, nous offre un moment de sérénité profonde. « Tu es le calme », dit le titre allemand, et ce calme évoque pour moi ce que nos acquis en connaissances scientifiques nous apportent aujourd’hui : une meilleure compréhension de notre univers. À travers ses variations successives, l’œuvre explore différentes facettes de cette tranquillité, comme autant de perspectives sur un même mystère cosmique. Cette paix intérieure naît de la connaissance, cette lumière qui dissipe peu à peu nos angoisses existentielles face à l’immensité qui nous entoure.

La Valse romantique de Claude Debussy, composée en 1890 alors que le compositeur n’avait que 28 ans, nous offre un moment d’élégance parisienne au cœur de ce voyage musical. Cette œuvre de jeunesse, empreinte de la Belle Époque, nous rappelle que l’art transcende les époques pour toucher à l’universel. Comme les galaxies qui tournent dans leur danse cosmique éternelle, cette valse nous entraîne dans un mouvement circulaire où chaque révolution révèle de nouvelles beautés.

C’est en écoutant un de mes pianistes préférés, Marc-André Hamelin, que j’ai eu l’envie d’explorer le touchant Graceful Ghost Rag de William Bolcom. Résonnant dans une fibre particulière de mon histoire, le compositeur aurait écrit cette pièce pour son père, dont il sentait l’esprit en paix planer autour de lui lorsqu’il était au piano, la nuit. Mon dernier album solo s’est tissé autour du départ de mon père, figure si déterminante dans mon parcours musical. Je me souviens d’une de nos dernières conversations, où il me confiait qu’il aimerait « voir » dans la tête des musiciens lorsqu’ils performent. Depuis, je pense souvent à lui lors de mes concerts : je le vois confortablement installé dans un coin de ma pensée, amusé par ce qui s’y défile. La musique nous unit au-delà du temps, touchant presque à l’immortalité.

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